Texte en version Française
Tseu-ta-hong, chrétien de date assez récente, charcutier de son état, habitait le marché de Kieou-ya-pin. Depuis son baptême, il avait toujours été fervent. Quand éclatèrent les événements [les émeutes anti-chrétiennes], il refusa de fuir. Froidement intrépide, il répondit à ceux qui l’engageaient à prendre quelques précautions: “ils tueront mon corps s’ils le veulent, mais ils ne peuvent rien contre mon âme".
[Tombé aux mains des émeutiers, il refuse d'abjurer]
Exaspérés par cette fière résistance, les bourreaux le lient fortement et le suspendent par les bras, après l’avoir entièrement dépouillé de ses habits; puis ils se jettent sur lui. Pendant qu’ils découpaient ses chairs, faisant allusion à son métier de charcutier, chacun disait: je veux une demi-livre; l’autre: je veux quatre onces, etc. D’autres trouvent plus amusant de faire simplement glisser le couteau dans les chairs sans les détacher du tronc. Tant de lambeaux sanglants sur un corps humain encore plein de vie, quel spectacle ! Pendant cette horrible besogne, au milieu des souffrances immenses, en face de la joie satanique de ses ennemis, Tseu-ta-hong ne laisse échapper ni une larme ni un soupir. Seulement quand le couteau pénétra la première fois dans les chairs, on surprit une sensation douloureuse sur la figure du patient: ce fut la seule. Tseu priait à haute voix et paraissait entièrement occupé, à tel point qu’il semblait à peine s’apercevoir de son supplice.
Fatigués enfin, honteux peut-être de ces cruautés inouïes, le bourreaux donnent le coup de grâce à cette douloureuse agonie